30 Laudun Quand j’étais pendu au gibet et que l’épouvante envahissait mon âme à cause de ma souffrance délaissée, rejetée, stérile ; quand la nuit se faisait opaque, que la masse furieuse se déchaînait contre moi, que le ciel se fermait dans un méprisant silence– et mon sang jaillissant en torrents par les trous des mains et des pieds, mon cœur plus désert à chaque pulsation, et toute force s’écoulant de moi, ne me laissant que l’impuissance, la fatigue mortelle, et un sentiment infini d’échec – et à la fin s’approchait le lieu mystérieux, la limite suprême de l’être, et puis le mouvement de bascule, la chute dans le vide, dans l’abîme sans fond, l’évanouissement, l’expiration, l’anéantissement, bref, la mort monstrueuse dont seul je suis mort (par ma mort elle vous a été épargnée, et personne à l’avenir n’éprouvera ce que signifie mourir) : tout cela, c’était ma victoire. Pendant que je tombais et ne faisais que tomber, surgissait le monde nouveau. ... Hans Urs von Balthasar Le C...