Dans la croix de Jésus-Christ, n'ai-je pas plus que l'arbre de vie ? ✎
| 12 Saint-Rome-de-Cernon |
En effet, Messieurs, quel plaisir semble-t-il que nous prenions toujours à vouloir dégrader nous-mêmes notre nature ? Quoi ! Pensez-vous que, pour notre premier Père, au Jardin de délices, dans l'état d'innocence, la béatitude consistât dans l'exemption de la douleur et de la mort, dans la tranquille jouissance des biens de la terre, dans le paisible empire qu'il exerçait sur toute la Nature ?
De cette béatitude toute naturelle, votre cœur serait-il content ? Et cette élévation de la nature, cette espèce de proportion que le Créateur avait mise entre lui-même et l'homme, ce commerce qu'il avait établi entre le Ciel et la terre, l'espérance, la capacité de le posséder lui-même, sa possession anticipée par la connaissance et par l'amour — ah ! toutes tes délices, charmant Éden, tous tes plaisirs tranquilles, sont-ils comparables à ce bonheur ?
Et voilà, Messieurs, ce que la grâce de Jésus-Christ a rétabli en nous. Qu'avons-nous donc à regretter encore ? Dans la croix de Jésus-Christ, n'ai-je pas plus que l'arbre de vie ? Dans le sang de Jésus-Christ, n'ai-je pas plus que le fleuve de paix ?
Essuyez vos larmes, vous tous, qui que vous soyez, qui souffrez, quoi que ce soit que vous puissiez souffrir : si la grâce de Jésus-Christ est en vous, vos regrets et vos pleurs lui font injure. Vous possédez votre Dieu autant que, dans l'économie de la nature parfaite, vous eussiez pu le posséder — et vous vous croiriez misérables !
Laissez les regrets et les larmes pour ces malheureux en qui est morte la grâce de Jésus-Christ. Oui, ce sont eux qui sont véritablement misérables. Quelque élevés qu'ils soient au-dessus de vos têtes, je vois une disproportion infinie entre Dieu et eux : se peut-il un vide plus affreux ?
Quelque douces que vous paraissent entre eux les liaisons de la société, le commerce est rompu entre eux et le Ciel : quelle plus triste solitude ! Quelque nombreuses que leurs possessions soient, ils ne possèdent point Dieu : quelle misère !
Non, non, ne vous laissez point surprendre et éblouir par l'appareil éclatant, par le fracas tumultueux de leurs bals, de leurs festins et de leurs spectacles. La paix de Dieu n'est point en eux. Ô quel Enfer !
Denis-Xavier Clément
Sermons pour l'Avent p. 332s
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