Vous ne vous arrêterez qu’au pied de la croix ✎
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| 32 Gaujan |
La religion n'était pas destinée à être une cime auguste sur laquelle l'homme s'élèverait par instant, mais elle devait composer le fond même de son existence, car celui qui avait tout reçu de Dieu devait tout lui rapporter. Telle était la grandeur de son origine et de sa destinée. Vous savez que cette relation primordiale a été rompue, que ces liens sacrés ont été brisés et que nous ne ressemblons plus à l'humanité primitive vivant pour Dieu et en Dieu. Je viens chercher aujourd'hui comment ces liens sacrés ont été rompus, ce qui nous a précipités si bas de si haut, je viens vous entretenir de notre déchéance. « La chute, a dit Pascal, est l'abîme dans lequel se forme le nœud de notre destinée ». C'est dans cet abîme que je vais descendre avec vous. Plus bas nous serons descendus dans cet abîme, mieux nous pourrons remonter à notre grandeur première, car le point de départ et la condition de tout relèvement pour nous c'est de reconnaître la gravité de la déchéance. Suivant la solution que l'on donne à ce problème de notre abaissement, la pensée prend une direction entièrement différente. Celui qui accepte pleinement la déchéance humaine ne se laissera pas tromper par de vains palliatifs. La soif qui le dévore ne pourra s'étancher qu'à cette source qui jaillit du côté percé du Rédempteur et dont le Christ a dit : « Que celui qui a soif vienne et qu'il boive ». Si vous parvenez à vous persuader de la chute, vous ne vous arrêterez qu'au pied de la croix, il vous faudra ce remède héroïque et sanglant.
E. de Pressensé
Études évangéliques. La Chute. Septembre 1874
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