Un jour je mourrai sur la croix pour l’humanité pécheresse ✎
| 87 Chéronnac |
Pour que mon présent soit complet
J’offre cette grappe vermeille
A la tendre mère qui veille
Sur vous et vous donne son lait.
Oh ! comme je serais heureuse
Si vous me preniez pour berceuse !
JÉSUS
Je ne veux pas pour me bercer
Une saison riche et gourmande.
Je suis pauvre et je ne demande
Qu’un pauvre pour me caresser.
Ta parure est trop orgueilleuse
Tu ne seras pas ma berceuse !
Aux riches va te présenter :
Ton orgueil trouverait étrange
Cette étable et ces pauvres langes
Où tu devrais m'emmailloter.
Va te gager, saison joyeuse,
Tu ne seras pas ma berceuse.
Pourtant, de ton gentil présent
Je garde un raisin comme gage
Pour en faire un divin breuvage
Où l’on viendra boire mon sang.
Va-t’en, ma petite orgueilleuse ;
Tu ne seras pas ma berceuse.
L’HIVER
Bonjour, Enfant divin : je dois
Vous causer une grande peine :
Je suis pauvre et vos petits doigts
Sont glacés sous ma froide haleine.
Tout redoute ma main de fer !
Je suis le rude hiver.
Les oiseaux blottis dans les branches
Ne modulent plus leurs chansons.
La neige tombe et les buissons
Se drapent dans de robes blanches.
Tout redoute ma main de fer
Je suis le rude hiver.
Partout la faim et la misère
Comme deux sœurs, suivent mes pas ;
Et quand j’arrive, le trépas
Porte le deuil dans la chaumière.
Tout redoute ma main de fer ;
Je suis le rude hiver
Hélas ! que je suis misérable
Comme présent au Roi des rois
Je n’offre qu’un morceau de bois
Pour réchauffer la froide étable.
Tout redoute ma main de fer :
Je suis le rude hiver.
Pardonnez une malheureuse
Je n’ai plus rien à vous offrir,
Je suis toute pauvre et frileuse.
Ne me prenez pas pour berceuse
Car je vous ferais trop souffrir.
JÉSUS
Oh ! viens ! viens, toi dans mon étable !
Je dois sentir le dur frisson
Du froid pour payer la rançon
De la créature coupable.
Je ne suis né que pour souffrir ;
Racheter l’homme et puis mourir.
Bien que ta robe soit grossière
Et ton sein couvert de frimas
Je veux reposer dans tes bras
Et t’aimer comme une autre mère.
Je ne suis né que pour souffrir ;
Racheter l’homme et puis mourir.
Donne ton présent que je presse
Sur mon cœur ce morceau de bois.
Un jour je mourrai sur la croix
Pour l’humanité pécheresse.
Je ne suis né que pour souffrir ;
Racheter l’homme et puis mourir
Échos d’Orient
Revue bimestrielle d’histoire, de géographie et de liturgie orientales. Tome Premier. Octobre 1897- Octobre 1898. S. V. Les Berceuses de Jésus. Imité du Provençal. p 120
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