L’arbre de la rédemption et du Salut
| 74 Le Grand-Bornand. Photo : GF |
...du moins, s’ils n’osaient pas ou ne voulaient pas représenter la passion du Sauveur, ils mettaient sa croix partout, en ayant soin de la dissimuler de la rendre inintelligible aux païens, visible et vivante seulement aux yeux des initiés. Quelquefois ils la plaçaient dans les compartiments et les caissons dont ils ornaient selon l’usage antique les voûtes des cubicula; et comme là elle se perdait dans les enroulements et les feuillages, ils se plaisaient à la multiplier à mettre en quelque sorte croix sur croix. D’autres fois, ils se contentaient de la représenter sous la forme d’un arbre que des colombes ou des agneaux contemplaient avec amour. Souvent, comme par un caprice de l’artiste, l’arbre se fendait et deux immenses rameaux projetés à droite et à gauche donnaient aux fidèles une image éclatante de la croix. Des cerfs altérés, des brebis se reposaient en paix à son ombre. Quelquefois le symbole prenait un sens plus profond. Une colombe contemplait deux arbres qui se dressaient devant elle, le premier, bas, stérile, sans rameaux, un vrai bois mort : l’arbre de la chute ; le second, haut, touffu, fécond, fendu en deux branches verdoyantes : l’arbre de la rédemption et du Salut.
Louis-Émile Bougaud
Le christianisme et les temps présents, Volume 3 p. 59s
Paris, Poussielgue Frères, 1878
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