Telle est la portée unique et incomparable de la mort du Christ

Croix à Allègre-les-Fumades, Gard. Telle est la portée unique et incomparable de la mort du Christ ; selon Alexandre Schmemann et Olivier Clément
30 Allègre-les-Fumades. Photo : GF

 Le duel se déroule en plusieurs étapes. D’abord les forces du mal semblent triompher ; le Juste est crucifié, abandonné de tous ; il endure une mort ignominieuse ; il devient, de plus, participant de l’Hadès, ce lieu de ténèbres et de déses­poir… Mais au même moment apparaît le vrai sens de sa mort. Celui qui meurt sur la croix possède la vie en lui-même, c’est-à-dire qu’il a la vie, non comme un don reçu de l’extérieur, quelque chose qu’on pourrait lui enlever, mais qu’elle est sa propre essence. Il est la vie et la source de toute vie. « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. » Comme homme, il peut réellement mourir ; mais en lui c’est Dieu qui entre dans le royaume de la mort, qui goûte à la mort. Telle est la portée unique et incomparable de la mort du Christ : l’homme qui meurt est Dieu ou, plus exactement, l’Homme-Dieu. Dieu est le Saint immortel ; et c’est seulement dans l’unité, sans confusion, sans changement, sans division ni séparation de Dieu et de l’homme dans le Christ que la mort humaine peut être assumée par Dieu, et être vaincue et détruite du dedans, « écrasée par la mort ». Maintenant nous comprenons pourquoi Dieu désire cette mort, pourquoi le Père y livre son Fils unique. Il désire le salut de l’homme, c’est-à-dire que la destruction de la mort ne soit pas un acte de sa puissance (« Ne sais-tu pas que je peux prier le Père de m’envoyer sur l’heure plus de douze légions d’anges ? »), ni une violence, fût-elle salvatrice, mais un acte de cet amour, de cette liberté et de cette libre consécration à Dieu, pour lesquels il créa l’homme. Tout autre mode de salut aurait été contraire à la nature de l’homme et n’aurait donc pas été un réel salut. […]
Puis vient le beau canon du grand Samedi, dans lequel tous les thèmes de cet office, depuis la lamentation funéraire jusqu’à la victoire sur la mort, sont résumés et approfondis ; il se termine par cette invitation : « Que la création soit dans l’allégresse ! Que tous les habitants de la terre se réjouissent, car l’enfer ennemi est dépouillé. « Que les femmes viennent avec leurs aromates ! Je délivre Adam, Ève et toute leur race. Et le troisième jour, je ressusciterai. » Dès lors la joie pascale illumine l’office. Nous sommes encore devant le Christ au tombeau, mais celui-ci nous a été révélé comme le tombeau qui donne la vie. 

En lui gît la vie. En lui, une nouvelle création naît, et une fois encore, le septième jour, le jour du repos, le Créateur se repose de toutes ses œuvres. « La vie s’est endormie, et l’Hadès tremble », et nous contemplons ce Sabbat béni, le repos solennel de celui qui nous redonne la vie : « Venez, contemplons notre vie enfermée dans le tombeau… » Tout le sens et la profondeur mystique de ce septième jour, jour de parfait accomplissement, nous sont maintenant révélés, car « Le grand Moïse préfigura mystiquement ce jour lorsqu’il dit : Dieu bénit le septième jour. Voici le Sabbat béni, voici le jour du repos en lequel le Fils unique de Dieu se reposa de toutes ses œuvres. »

  Alexandre Schmemann
Extraits de « Le Mystère pascal : commentaires liturgiques » par Alexandre Schmemann et Olivier Clément Collection Spiritualité orientale N°16

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