Dieu pour notre salut tant de maux supporta
| 67 Bootzheim |
Cependant qu'en la croix, plein d'amour infinie,
Dieu pour nostre salut tant de maux supporta,
Que par son juste sang nostre âme il racheta
Des prisons où la mort la tenoit asservie ;
Altéré du désir de nous rendre la vie,
J'ay soif, dit-il aux Juifs. Quelqu'un lors apporta
Du vinaigre et du fiel, et le luy présenta ;
Ce que voyant sa mère en la sorte s'escrie :
Quoy ! n'est-ce pas assez de donner le trespas
A celuy qui nourrit les hommes icy-bas,
Sans frauder son désir d'un si piteux breuvage ?
Venez tirer mon sang de ses rouges canaux,
Ou bien prenez ces pleurs qui noyent mon visage ;
Vous serez moins cruels, et j'auray moins de maux.
Mathurin Régnier — Sonnet III, p. 224
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