La simple croix de fer

Quand je vis près de moi la simple croix de fer Rappelant qu’en ce lieu seul au fort de l’hiver, Abandonné, perdu sans rien qui le protège, Un voyageur est mort enfoui sous la neige.
83 Cotignac. Photo : ChF
Sur le sommet d’un roc dominant le chemin
Que borde la bruyère aux reflets de carmin,
Un soir je regardais la joyeuse vallée.
Au loin vers l’horizon, la chaîne un peu voilée
Des Dômes, puis la plaine aux tapis bigarrés
Faits de moissons de bois de sainfoins et de prés.
A mes pieds les coteaux riants où les grands ormes
Se dressent frissonnants sous les roches énormes,
Les pentes de gazon, les champs de genêts d’or,
Et, pour rendre plus gai ce merveilleux décor
La fauvette lançant sa note fraîche et douce
Et le clair ruisselet qui bruit dans la mousse.
Quand je vis près de moi la simple croix de fer
Rappelant qu’en ce lieu seul au fort de l’hiver,
Abandonné, perdu sans rien qui le protège,
Un voyageur est mort enfoui sous la neige.
Un pâtre à mes côtés sifflait une chanson
Et je sentis en moi courir comme un frisson.


Gabriel Marc. La croix de fer

Les poètes du clocher P137

Édition de Charles Fuster, librairie Fischbacher, Paris, 1890

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