Accusons de nos cœurs l’horrible dureté.
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| 30 Goudargues. Photo : GF |
C'est une chose épouvantable et qui fait bien voir la malice infinie de nos cœurs, que Notre- Seigneur, par l'effusion de tout son Sang, n'ait pu gagner nôtre amour, luy qui par la moindre de ses actions aurait apaisé la colère d'un Dieu infiniment irrité contre nous.
Qui l’eût cru que l’amour eut plus de cruauté,
Que n’avait jamais eu la plus rude justice
Voulait-elle d'un Dieu le funeste supplice ?
Non, l'homme à moindre prix eut été racheté
C’est donc de ce tyran la bizarre fierté,
Qui demanda pour nous ce sanglant Sacrifice.
Mais non, que contre luy notre plainte finisse ?
Accusons de nos cœurs l’horrible dureté.
Oui de cet Homme-Dieu, la première pensée
Fut apaiser d'un Dieu la justice offensée,
Et tout Son Sang n'a pu mériter notre amour.
Ah ! Seigneur ! Ah mon Dieu ! rendez à votre Père,
Cet amour, qui pour nous vous fit perdre le jour
Et rendez ces ingrats à toute sa colère.
Gabriel de Vendanges de Malepeyre (1624-1702)
Cinquante sonnets sur la Passion de Nostre-Seigneur p.7

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