Ô Jésus, vous n’avez point d’autre objet si agréable à vos yeux que votre Croix
| 31 Bordes-de-Rivière |
Faites s’il vous plaît, avec moi, cette belle et chrétienne méditation : tout ainsi que le Père Éternel ne peut envisager au dedans de soi-même rien de plus agréable que son Fils incréé, de même l’objet le plus charmant au dehors et seul digne d’être regardé de ses yeux divins c’est son même Fils Incarné dans le sein de Marie, transfiguré sur la cime du Thabor, enfin Crucifié sur la Montagne du Calvaire. C’est en ce dernier que, tout étant consommé, il achève et accomplît cette grande parole hic est Filius meus dilectus in quo mihi bene complacui. Je dis suivant ce style : et il est vrai ô Jésus mon adorable et aimable Sauveur, que vous n’avez point d’autre objet si agréable à vos yeux, qui plaise tant à votre cœur ni dont vous fassiez tant d’état que de votre Croix, de votre Mort et de votre Passion. En effet, bien qu’elle lui ait été également amère et cruelle, honteuse et douloureuse, il l’a toutefois tant aimée qu’il en a voulu conserver en sa personne les moments éternels. Et il l’a si tendrement chérie qu’il en a enchâssé les tableaux dans les yeux et dans les oreilles, dans les mains et dans les doigts, dans le cœur et dans l’âme de ses Apôtres. Il ne peut se résoudre de quitter la terre par sa glorieuse Ascension sans laisser sur la terre une image vivante de sa mort. C’est justement la divine Eucharistie, qui est la seule fête qu’il a commandée, nous obligeant d’en chômer la mémoire.
P. Léon de Saint Jean (Jean Macé)
L'Année Royale, sermons, Vol. 2, p. 1412
À PARIS Chez Jaques Quesnel, rue St Jaques à la Coquille, 1653
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