Saint Calupan, Reclus. Auvergne (année 576). Fêté le 3 mars

Cache donc ta tête, ennemi de Dieu, et humilie-toi sous le signe de la croix divine parce que tu n’as pas de part avec les serviteurs de Dieu dont l’héritage est le royaume de Jésus Christ.
12 Nant, hameau de Cantobre

Dès le commencement de sa vie Calupan rechercha toujours le bonheur qu’on obtient par l’obéissance à l’Eglise et le trouva. S’étant rendu au monastère de Méallet en Auvergne il s’y comporta avec une grande humilité à l’égard de ses frères. II gardait une excessive abstinence en sorte que s’en étant trouvé très affaibli il ne pouvait accomplir le travail de chaque jour avec les autres frères, par suite de quoi, suivant la coutume des moines, on lui faisait de vifs reproches, le prévôt principalement qui lui disait :

- « Celui qui ne veut pas travailler ne mérite pas de manger ».   Se trouvant donc tous les jours en butte à des reproches de ce genre notre Saint jeta les yeux sur une vallée située non loin du monastère et au milieu de laquelle s’élevait un rocher naturel haut de plus de cinq cents pieds et complétement isolé des montagnes voisines. Cette vallée était traversée par un cours d’eau qui baignait mollement le pied du rocher. Ce fut dans une ouverture de ce rocher qui avait servi autrefois de retraite en cas d’invasion des ennemis que le saint ermite se retira et établit sa demeure. Il se construisit là un petit oratoire où, comme il avait coutume de le raconter en versant des larmes, souvent des serpents tombaient sur sa tête et, s’enroulant autour de son cou, le remplissaient de frayeur. Or comme le diable passe pour prendre la forme de cet animal rusé, il n’est pas douteux que c’était lui qui lui tendait des embûches. En effet comme il demeurait malgré cela immobile et qu’il n’était point ému des atteintes des petits serpents, un jour, deux énormes dragons se dirigèrent vers lui et s’arrêtèrent à une courte distance. L’un d’eux plus fort que l’autre releva son poitrail et haussa sa bouche à la hauteur de la bouche du Saint comme s’il eût voulu lui dire quelque chose. Celui-ci fut tellement épouvanté qu’il devint raide comme le bronze, n’osant ni remuer un membre ni lever la main pour faire le signe de la croix. Et après qu’ils furent restés tous deux dans un long silence, il vint dans l’esprit du Saint de dire en son cœur, puisqu’ il ne pouvait remuer les lèvres, l’oraison dominicale. Tandis qu’il le faisait en silence ses membres, qui avaient été enchaînés par l’art de son ennemi, se déliaient peu à peu et lorsqu’ il sentit libre sa main droite il fit le signe de la croix sur son visage puis se tournant vers l’hydre, il fit de nouveau contre elle le signe de la croix en disant :

- « N’es-tu pas celui qui fit sortir le premier homme du paradis, qui rougit la main d’un frère du sang de son frère, qui arma Pharaon pour persécuter le peuple de Dieu et qui enfin excita le peuple hébreu à poursuivre le Seigneur d’une fureur aveugle ? Eloigne toi des serviteurs de Dieu par qui tu as été tant de fois vaincu et couvert de confusion car tu as été chassé en Caïn et supplanté en la personne d’Esaü ; tu as été terrassé en Goliath ; tu as été pendu en la personne du traitre Judas et c’est dans la croix même où a brillé la vertu de Notre Seigneur que tu as été vaincu et abattu avec tes puissances et tes dominations. Cache donc ta tête, ennemi de Dieu, et humilie-toi sous le signe de la croix divine parce que tu n’as pas de part avec les serviteurs de Dieu dont l’héritage est le royaume de Jésus Christ. »

 Tandis que le Saint disait ces choses et d’autres semblables et qu’à chaque parole il faisait le signe de la croix, le dragon, vaincu par la vertu de cet emblème, alla se cacher au fond de la terre.

R. P. Giry; Mgr Paul Guérin.

Les petits bollandistes. Vies des saints ..., Volume 3 pp.141,142

Bloud et Barral éd., Paris, 1882

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