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30 Fontarèches
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Jésus pleure. Du front de
Jésus coule une sueur de sang... Qu'il est
humain! Jamais, je le crois bien, il ne le fut
davantage. Naître, sous un ciel d'Orient tout
palpitant d'étoiles, grandir, travailler,
aimer, puis s'en aller, un jour, le long des
routes, mangeant le pain de l'aventure et se
désaltérant à la
fraîcheur des fontaines, - s'en aller comme
un vagabond mais qui serait partout chez lui, comme
un mendiant mais qui distribuerait de
princières aumônes, - sourire aux
enfants, tendre la main à ceux qui pleurent,
pleurer un être cher qu'on s'apprête
à leur rendre, - n'est-ce pas, c'est
être homme, cela! Et qu'il ait fallu, pour
cela, consentir bien des sacrifices, je le veux,
mais, voyons, cela
n'en
valait-il pas la peine ? N'avait-il pas
trouvé des frères et des soeurs celui
qui, derrière lui, avait laissé les
siens, - des maisons, lui qui avait
abandonné la sienne, - d'autres joies
encore, celui qui avait renoncé aux plus
légitimes d'entre toutes les joies ? Mais si
vous voulez voir l'homme, venez ! Contemplez-le
devant ce dernier sacrifice. Là, plus de
compensation, plus de récompense. Et ne me
dites pas qu'il en aura, plus tard, que cette croix
sera son triomphe, qu'en trois jours elle lui
rendra tout ce qu'il a perdu par sa naissance
humaine à Bethléem, qu'elle fera de
lui, Jésus, celui dont le nom est au-dessus
de tout nom... Je le sais bien. Et que ce n'est pas
vrai pour lui, uniquement - que c'est vrai pour
tous ceux qui ont passé par là. . Mais avant il n'y a rien, rien que
l'obscurité. La vision de la croix, dans ce
jardin rempli de nuit, dissimule à
Jésus tout le reste, elle l'écrase,
elle pèse sur lui de toute son horreur.
Jésus pleure. De son front coule une sueur
de sang. Voici l'homme, et voici le
sacrifice.
J D. Benoit
& Charles Dombre
Devant la
croix, 1932
Sept Méditations pour le Temps de la Passion
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