Le pardon n'est pas un coup de baguette magique ✎
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| 35 Entre Saint-Senoux et Pléchâtel |
À la question que nous ne pouvons contenir : — pourquoi notre salut passe-t-il par cette mort sanglante ? Il nous est répondu devant le Christ en croix : parce que la puissance du péché qui habite les hommes est force de mort, violence et injustice. En ce sens la croix nous renvoie l'image de notre propre péché dans son résultat ultime. Voilà ce que le péché a fait du Christ, et voilà ce qu'il cherche à faire des hommes tout au long de l'histoire, quand il est laissé à lui-même. Cette révélation est cruelle et l'on comprend que les destinataires de la prédication primitive eurent le « cœur transpercé » (Ac 2, 37), quand on leur eût parlé de ce Jésus qu'ils avaient crucifié. Mais nous devons aussi considérer le libre engagement de Jésus, dont la mission le fait affronter le mal sur son propre terrain, au point d'en recevoir sur lui-même la violence concentrée. Le pardon n'est pas un coup de baguette magique, il est une entreprise de conversion. Il s'est joué dans cette lutte où Jésus, pour condamner le péché sans condamner le pécheur, pour ouvrir une séparation libératrice entre l'un et l'autre, a d'abord accepté de devenir la victime du péché. Dans ce combat, le Père est toujours du côté du Fils, aimant et jugeant comme lui, souffrant de la souffrance de son Fils, « qu'il n'a pas épargné mais a livré pour nous tous » (Rm 8, 32).
Bernard Sesboüé sj. Jésus-Christ, l'unique médiateur, Desclée, 1988.

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