Garcia Morente : cette gloire infinie qui s’éloignait ... ✎
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| 85 Vouillé-les-Marais |
Manuel García Morente (1886-1942) est un philosophe espagnol de renommée internationale, qui fut doyen de la faculté de Lettres de l'Université Centrale de Madrid, secrétaire d'État de l'Éducation dans le gouvernement de Dámaso Berenguer et membre de l'Académie royale des sciences morales et politiques. Voltairien et agnostique, ce philosophe fut contraint de se réfugier à Paris quand éclata la guerre civile espagnole en 1936. Là, il connaîtra une expérience qu'il appellera lui-même « un fait extraordinaire » et qui le poussera à se convertir au catholicisme, lors de la nuit du 29 avril au 30 avril 1937 et alors qu'il écoutait L'Enfance du Christ de Hector Berlioz.
Dans une lettre à un ami, il racontera cette expérience de conversion, qui le conduira plus tard à marcher vers le sacerdoce. Devenu prêtre, il mourra en 1942, laissant une œuvre dense, riche et originale.
Voici un extrait de cette lettre, qui concerne la Croix (traduction de l'auteur de ce blog).
Des images de l'enfance de Notre Seigneur commencèrent à me venir à l'esprit, sans qu'il me soit possible de leur opposer de résistance. Je le vis dans mon imagination en train de marcher, tenant la main de la Très Sainte Vierge, ou assis sur un petit banc et regardant saint Joseph et Marie avec de grands yeux étonnés. J'ai continué de me représenter d'autres périodes de la vie du Seigneur, le pardon qu'il accorde à la femme adultère, Marie Madeleine occupée à laver et à essuyer, avec ses cheveux, les pieds du Sauveur, Jésus pendant la flagellation, le Cyrénéen en train d'aider le Seigneur à porter la croix, les saintes femmes au pied de la Croix. Et de cette sorte, peu à peu, la vision du Christ s'est mise à grandir en mon âme, du Christ homme, cloué sur la Croix sur une éminence dominant un paysage d'immensité, plaine sans limites où fourmillaient des hommes, des femmes et des enfants. Les bras de Notre Seigneur Crucifié s'étendaient sur eux.
Et les bras du Christ se mirent à grandir ; ils semblaient étreindre toute l'humanité souffrante, la couvrir de l'immensité de son amour, et la Croix se mit à s'élever jusqu'au Ciel ; elle remplissait tout l'espace et derrière elle s'élevaient aussi de nombreux, de très nombreux hommes, femmes et enfants ; tous s'élevaient, tous montaient et aucun d'eux ne s'arrêtait ; sauf moi, cloué au sol et qui voyais disparaître dans les hauteurs le Christ entouré de l'essaim interminable de ceux qui s'élevaient avec lui, sauf moi qui me voyais moi-même dans ce paysage devenu désert, agenouillé, les yeux fixés dans les hauteurs et regardant disparaître les derniers éclats de cette gloire infinie qui s'éloignait de moi.
Manuel García Morente. Lettre à un ami, 1937.
Le récit complet de sa conversion, en espagnol, est disponible ici.

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